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Exemple de coaching professionnel 3 : Lâcher le réflexe d’aider

Dans cet exemple de coaching professionnel proposé à titre d’illustration, les personnes et contextes ont été modifiés afin de garantir la confidentialité. Si vous reconnaissez une situation identique dans le vécu de vos connaissances, c’est fortuit. Les mécanismes de résolution reflètent toutefois ce qui a eu lieu.

La personne qui apprend à prendre du recul avant d’aider

Le travail s’effectue sur 10 séances sur environ 6 mois.

Ma cliente constate que dans sa vie personnelle et professionnelle, elle aide immédiatement toute personne qui la sollicite, en donnant son temps ou son argent. Cela est un problème car elle n’anticipe pas ses propres impératifs et imprévus et se retrouve donc en difficulté après : elle doit attendre des rentrées d’argent pour réparer sa voiture, elle rend ses projets en retard ou prend sur son sommeil, elle n’a pas assez de moment pour elle, etc.

Son objectif est de trouver un équilibre pour un quotidien apaisé, et l’indicateur est l’acquisition de réflexe de prise de recul avant de répondre à une demande. La métaphore pour ce réflexe est l’apprentissage de la conduite, où les gestes pensés lors de l’apprentissage deviennent des automatisme inconscients.

Plusieurs croyances sont à déstabiliser :

Ma cliente croit qu’une personne qui lui demande de l’aide n’a forcément aucune autre option, d’après elle demander de l’aide requiert un effort colossal, ça ne peut pas être un plaisir.

Je lui propose d’autres possibilités :

  • La personne est intelligente et cherche le moyen le plus simple et rapide de résoudre son problème, elle sait qu’en demandant à ma cliente son problème sera vite réglé.
  • Ou bien la personne a besoin que l’on reconnaisse son existence et le seul moyen qu’elle a appris dans son enfance pour cela est d’avoir besoin des autres.
  • Ou peut-être, rendre service étant un des 5 langages de l’amour (concept de Gary Chapman), il est tout naturel pour la personne de demander des services pour être en lien avec ceux qu’elle apprécie.

Je lui parle du triangle dramatique de Karpman, avec les 3 rôles sauveur-persécuteur-victime, et la taquine avec humour sur la position de domination du sauveur : aider les autres est une manière d’avoir de l’ascendant sur eux. Elle n’apprécie pas du tout ce côté dominant de ce comportement.

Ma cliente a été éduquée selon le principe que si elle détient quelque chose, la moitié est à autrui. Elle prône la valeur de partage. Cependant dans son discours, il y a un amalgame entre « donner » et « partager ». Je lui demande à quel moment elle garde une moitié pour elle-même. Avec des exemples, j’essaie de lui faire préciser le processus de décision entre « tout donner », « tout garder », et « donner une partie ou partager ». A un autre moment elle proposera que « donner » c’est l’acte, et « le partage » c’est le fruit de l’acte de donner.

Il y a également l’enjeu à long terme dans sa problématique. Ma cliente a des ambitions pour l’avenir, avec comme vocation d’aider les gens, mais son comportement actuel risque de la freiner dans son ambition et de l’empêcher d’aider les gens dans l’avenir. Il faut donc faire un choix pour trouver l’équilibre entre aider aujourd’hui ou aider demain.

La question du choix est aussi soulevée ainsi : je la questionne pour explorer l’hypothèse que sa stratégie actuelle qui consiste à ne pas choisir d’aider ou ne pas aider, lui permet également d’éviter de faire des choix plus importants, en la privant des moyens de ces choix.

Sans obtenir de réponse claire sur cette hypothèse, l’accompagnement la contraint à se projeter dans l’avenir, ce qu’elle ne faisait pas auparavant. Or c’est cette projection dans l’avenir qui permet d’enrichir les éléments de résolution de sa problématique présente.

Lors d’une séance et avec l’outil de constellation, elle se place du point de vue de la personne qui a un besoin et qui demande, et également du point de vue extérieur où elle s’observe répondre à une demande. Puis c’est elle-même qui, du fait qu’elle a aidé, se retrouve avec un besoin et face à elle-même pour demander de l’aide. Cet exercice lui a permis d’ouvrir le champ de perception du processus, et d’intégrer sa propre personne comme également une personne à aider.

Ma cliente a aussi pris conscience qu’en n’expliquant pas à la personne qui demande ce que ça lui coûte de répondre favorablement à la demande, elle prive la personne du choix de se rétracter. Le partage d’information sur l’importance et l’urgence du besoin de la part de celui qui demande, et ses contraintes à elle, est ce qui permet aux deux parties de décider en connaissance de cause et respect mutuel.

Enfin, son fonctionnement étant unilatéral, elle donne et ne demande jamais rien, il n’est pas cohérent avec son idéal de partage. Elle accepte de demander de l’aide pour résoudre un problème et l’issue est très satisfaisante, la personne qui l’aide étant ravie de pouvoir se rendre utile pour elle.

Globalement, ma cliente a pu développer un savoir-faire de prise de recul avant de répondre à une demande, avec la possibilité de « négocier ». Elle consolidera ce réflexe en autonomie, comme on fait après l’obtention du permis de conduire.

Lors de notre dernière rencontre elle n’avait pas eu d’exemple de sollicitation depuis 1 mois. J’ai 2 suppositions sur ce phénomène :

  • Peut-être son changement d’attitude a engendré cela, car il permet de filtrer les sollicitations en amont. Elle s’est centrée sur ses objectifs et était donc moins disponible. Elle n’a donc pas eu à refuser d’aider, ce qui n’était pas son souhait.
  • Peut-être a-t-elle reçu des sollicitations et a rendu des services, mais comme sa nouvelle manière de répondre lui évite que ce soit un coût pour elle, elle ne les mémorise plus. Cela arrive régulièrement que la personne coachée ne se souvienne plus du problème qui l’a amenée à s’engager dans un coaching.

Elle a développé un rapport plus sain avec les autres, et accepte qu’elle a besoin des autres aussi, elle n’est plus gênée de demander de l’aide. Cette évolution a également eu des effets sur ses projets : elle a lâché le « tout tout de suite » pour décider de faire moins mais bien.

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